Billet d'humeur journalistique et parisienne :
" ... mais oui, on ne t'a pas oublié, et en plus il est devenu international ! "
Info Gentside
35 ans après sa naissance, le lapin du métro est dans toutes les mémoires.
Serge, le lapin rose du métro parisien, a été créé il y a de 35 ans. Un dessin qui possède une grande symbolique et une certaine proximité avec les usagers. Plus de trente ans de succès pour ce personnage qui a vu la création de sites internet, de vidéos et de pages Facebook à son effigie.
Cela fait plus de trente ans qu'un petit animal rose et jaune orne les portes des rames du métro parisien. Cet animal est autre que Serge. Si vous avez déjà pris le métro dans la capitale, il ne vous est sûrement pas passé inaperçu. Il se coince la main entre les deux portes qui se ferment et conseille les utilisateurs: "Attention! Ne mets pas tes mains sur la porte, tu risques de te faire pincer très fort".
Un lapin jaune conseille les enfants
Un message assez enfantin car créé pour les enfants. En effet, à la fin des années 1970, la RATP cherche un moyen d'avertir le jeune public du danger de se faire pincer les doigts à l'ouverture et à la fermeture des portes. C'est alors qu'en 1977, l'agence ECOM est désignée pour trouver un moyen de communiquer le danger, explique le site internet de Metro. La directrice de création propose différents logos. Dans cette liste, apparaît un lapin jaune avec une salopette rouge. Elle-même propriétaire d'un de ces mammifères rongeurs, la société de transports déclare que "Pour elle, le lapin avait une certaine fragilité, une certaine douceur... C'est un animal qui avait la même attitude que les enfants avec cette tendance à courir partout sans jamais faire attention. Quant aux couleurs et au message, il fallait trouver un moyen de le rendre très visible pour les enfants et de les interpeller facilement, d'où le tutoiement". C'est ainsi que le logo fait sa première apparition dans le métro parisien. Placé sur les vitres des portes des différentes rames à hauteur des yeux des enfants, le lapin n'a pas encore de nom.
Serge Maury, le père de Serge le lapin du métro
Pour des raisons indéterminées, ce lapin a connu de nombreuses modifications. La première a été réalisée en 1982, lorsqu'il s'est déployé sur l'ensemble des lignes du métropolitain: "C'est à cette occasion que le lapin a été redessiné par une personne travaillant aux ressources culturelles et patrimoniales de la RATP". Cependant, il ne reste aucune trace de ce second mammifère.
En 1986, la Régie Autonome des Transports Parisiens demande à l'agence NDB de modifier les traits de son lapin. C'est alors Serge Maury qui s'en charge. Le poil jaune devient rose et sa salopette rouge est substituée par un pantalon et un t-shirt jaunes. Même s'il a "été un peu retravaillé au fil des ans", on peut dire que, jusqu'à aujourd'hui, le lapin de Serge est resté le même! C'est pour cela qu'on le nomme "Serge, le lapin du métro".
Un lapin qui s'exporte
Ce lapin se voit exporté dans d'autres villes françaises (Lille, par exemple) et à l'étranger (Japon). Désormais traduit en quatre langues européennes (anglais, espagnol, allemand et italien), le message a un réel impact sur le comportement des enfants, souligne la RATP. Sa taille d'origine a, cependant, été diminuée car "Aujourd'hui le risque de se faire les doigts a diminué du fait de la configuration des nouvelles portes et de leur système d'ouverture et de fermeture... Avant, les portes coulissaient, maintenant, elles s'ouvrent vers l'extérieur... Toutefois, nous préférons que l'avertissement demeure... Mieux vaut prévenir que guérir!", explique la société de transports.
A savoir qu'au Pays du Soleil Levant, le lapin est blanc et ce n'est pas sa main gauche qui se coince dans les portes, mais son oreille gauche. A Tokyo, sur la ligne Keio, c'est le personnage Hello Kitty qui fait office d'avertissement. Dans le métro de la capitale nippone, existe aussi un chat blanc qui se coince la queue entre les portes.
Un lapin parodié
Et, comme toute chose qui a un succès, beaucoup ont détourné les messages et les affiches de Serge. Les "Brigades AntiPub" ont parodié l'affiche à des fins militantes: "Attention! Ne mets pas tes yeux sur les pubs: tu risques de te faire manipuler très fort". Le duo d'humoristes Eric et Ramzy l'ont aussi caricaturé dans un de leurs sketchs. Les "casse-cou" de Jackass ont aussi fait une vidéo assez hilarante sur Serge. L'épisode numéro quatre de la troisième saison a, en partie, été tourné à Paris. Dans l'un des sketchs, intitulé "Metro bunny" ("le lapin du métro"), Chris Pontius est déguisé en lapin et attend sur le quai qu'une rame arrive. Montant à l'intérieur, il se coince volontairement les doigts entre les portes et hurle, représentant le dessin de l'affiche d'avertissement.
P.
Billet d'humeur sur l'actualité, sur une date de l'histoire ou une pensée inspirée par nos grands écrivains, parfois des anecdotes sur le quinté, le golf bref des commentaires sur tout ce qui fait le sel de la vie ...
Clin d'oeil à Carnet d'émotion parfumée.
Clin d'oeil à Carnet d'émotions parfumées .... on respire à fond!
mercredi 29 février 2012
29 Févr - Journée
Dicton du jour :
« N’aie nulle peur de l’année bissextile, mais de celle d’avant et de celle d’après. »
« En l’année bissextile, garde du blé pour l’an qui suit. »
« L’année bissextile soyez fin, semez du chanvre au lieu du lin. »
Dicton retravaillé :
" Profitez en année bissextile
d'une belle journée utile "
P.
« N’aie nulle peur de l’année bissextile, mais de celle d’avant et de celle d’après. »
« En l’année bissextile, garde du blé pour l’an qui suit. »
« L’année bissextile soyez fin, semez du chanvre au lieu du lin. »
Dicton retravaillé :
" Profitez en année bissextile
d'une belle journée utile "
P.
mardi 28 février 2012
Votre chat peut vous rendre fou !
Billet d'humeur journalistique et animalier :
"..... quand je vous disais que les chiens s'étaient mieux !"
Info Atlantico
Votre chat peut vous rendre fou !
Les études d’un biologiste tchèque, Jaroslav Flegr, montreraient qu’un parasite de la toxoplasmose, qui peut se trouver dans les excréments de chat, pourrait avoir des effets beaucoup plus grave sur l’homme que ceux jusqu’ici soupçonnés. Perte de confiance en soi, comportement incontrôlable, si ce n’est schizophrénie, voire dédoublement de personnalité. Et il commence à être pris au sérieux.
Un biologiste tchèque âgé de 63 ans accuse un minuscule parasite présent dans les déjections de son chat d'avoir provoqué des troubles de son comportement, l’amenant, signale The Atlantic (mention involontairement supprimée par erreur lors de la relecture avant publication, nos excuses), notamment à avoir des pulsions autodestructrices, et à observer des changements dans sa personnalité depuis le début des années 1990
Jaroslav Flegr, professeur à l'université Charles de Prague, n'est pas un illuminé, c'est quelqu'un de sérieux, surtout quand il évoque toxoplasma gondii, un protozoaire qui est le microbe en question. Ne riez pas : si l'histoire peut paraître étrange, elle est bien connue et le parasite en question est surveillé chez les femmes enceintes, puisqu'en langage courant on parle de toxoplasmose, une maladie qui peut abîmer le cerveau de leur futur enfant. Dans des cas rares à priori, les enfants victimes de toxoplasmose qui naissent, excepté ce syndrome, en bonne santé, ne sont généralement victimes que de symptômes grippaux, puis parviennent à traiter le protozoaire qui reste endormi dans les cellules de leur cerveau. C’est là du moins l’analyse médicale communément répandue. Mais ce n’est pas celle de Flegr. Il soupçonne justement qu’un parasite, appartenant à la famille du protozoaire, soit responsable des troubles bien plus graves.
Selon lui, ce parasite pourrait distordre les connexions entre les neurones et modifier du coup la façon dont nous réagissons face à des situations d’effroi, note confiance envers les autres, notre façon de nous percevoir, et même la justesse de notre perception de certaines odeurs. Les analyses de Flegr montrent également qu’il estime que le toxoplasma gondii favorise les accidents de voiture. Et même à la schizophrénie. Si on additionne tous les symptômes que peut provoquer cet organisme, "la toxoplasmose pourrait même tuer autant de gens que la malaria, c’est-à-dire au moins un million de personnes par an", dit le biologiste.
Evidemment, les théories de Flegr ne rencontrent pas beaucoup d’écho dans la communauté scientifique. Déjà, dit-il, parce qu’il ne parle pas l’anglais, et ne se rend que peu souvent dans les conférences internationales pour y présenter ses travaux ; Surtout, parce que selon lui, "il y a une résistance psychologique forte à l’idée que le comportement humain puisse être influencé par un parasite à la noix".
Mais après des années d’ignorance, ses travaux commencent doucement à susciter l’intérêt de certains scientifiques. Certains spécialistes comme E. Fuller Torrey, directeur de l'institut Stanley Medical Research, dans le Maryland, expert en schizophrénie commencent à le prendre au sérieux. "J'admire Jaroslav pour cette recherche, dit-il. Ce n'est évidemment pas politiquement correct, dans le sens que peu de laboratoires de font ce type de recherche. Il l'a fait de son propre chef, avec très peu de soutien. Et je trouve cela tout à fait crédible".
Pour Robert Saporsky, célèbre professeur à Stanford, les études de Flegr “sont très bien menées et il n’y a pas de raison d’en douter”. D’autant que selon lui, d’autres parasites pourraient provoquer des effets inattendus : "mon avis est qu’il y a en beaucoup d’autres exemples de parasites portés par des mammifères, desquels nous n’avons jamais entendus parler". Ainsi par exemple de la rage, qui peut circuler du cerveau à la salive d’un animal comme le chien et infecter l’humain en cas de morsure.
Des recherches ont par ailleurs montré que des souris infectées par le toxoplasma gondii étaient beaucoup plus remuantes que celles non-infectées, en faisant d’autant plus des proies pour les chats qui sont attirés par ce qui bouge. Ces souris faisaient par ailleurs moins attention à leur prédateur… Sciences et Avenir faisait part en 2006 d’une expérience de Flegr dans laquelle des rats infectés adoptaient un comportement plus audacieux, voire suicidaire, face à leur principal ennemi, le chat. Selon le magazine, "pour le parasite, dont le cycle de reproduction passe par le félin, c’est tout bénéfice".
"Hôte accidentel"
Mais peu de recherches ont porté sur son effet sur les hommes, car l’être humain était considéré comme ayant un organisme qui n’est qu’un "hôte accidentel" de la toxoplasmose. Certes, à priori, nous ne faisons pas partie du cycle de vie du parasite, qui est censé être transmis jusqu’au chat, mais s’arrête dans l'organisme du félin. Or Flegr s’est dit que les mammifères entre la souris et l’homme avaient en commun la vaste majorité de leurs gênes. Et nous pourrions donc, selon le biologiste, être vulnérables aux manipulations de ce parasite.
Du coup, Flegr a mené des expériences sur des hommes et des femmes qui portaient le virus, développé ou non. Il leur a fait faire des tests de personnalité. Les résultats sont assez inquiétants : comparé aux hommes non infectés, ceux qui portaient le parasité étaient plus introvertis, plus suspicieux, prêtaient moins attention aux autres. Les femmes présentaient les symptômes inverses :plus confiantes, plus apprêtées, prenant davantage garde à leur image, que celles qui n’étaient pas infectées.
Flegr et son équipe sont en tout cas parvenus à montrer, avec un certain écho, que la toxoplasmose pouvait influencer le sexe du bébé à naître. Ainsi, "chez les 454 femmes qui possédaient des anticorps dirigés contre le parasite de la toxoplasmose, le ratio entre les sexes était de 150 naissances de garçons pour 100 naissances de filles, alors qu’en moyenne il est de 104 garçons pour 100 filles. Plus le taux d’anticorps était élevé, plus le ratio était déséquilibré en faveur des garçons (jusqu’à un rapport de 260 garçons pour 100 filles)", écrit encore Science et Avenir en 2006.
Concernant la schizophrénie, qui reste le syndrome potentiel le plus inquiétant, une étude de Flegr publiée dans Schizophrenia Bulletin par Oxford University Press en 2007, parle par ailleurs d'une éventuelle influence de ce parasite sur la dopamine et la testostérone. Attention nénamoins pour ceux qui veulent approfondir les théories de Flegr : c’est peut-être là un risque de ne plus jamais regarder son chat comme avant….
P.
"..... quand je vous disais que les chiens s'étaient mieux !"
Info Atlantico
Votre chat peut vous rendre fou !
Les études d’un biologiste tchèque, Jaroslav Flegr, montreraient qu’un parasite de la toxoplasmose, qui peut se trouver dans les excréments de chat, pourrait avoir des effets beaucoup plus grave sur l’homme que ceux jusqu’ici soupçonnés. Perte de confiance en soi, comportement incontrôlable, si ce n’est schizophrénie, voire dédoublement de personnalité. Et il commence à être pris au sérieux.
Un biologiste tchèque âgé de 63 ans accuse un minuscule parasite présent dans les déjections de son chat d'avoir provoqué des troubles de son comportement, l’amenant, signale The Atlantic (mention involontairement supprimée par erreur lors de la relecture avant publication, nos excuses), notamment à avoir des pulsions autodestructrices, et à observer des changements dans sa personnalité depuis le début des années 1990
Jaroslav Flegr, professeur à l'université Charles de Prague, n'est pas un illuminé, c'est quelqu'un de sérieux, surtout quand il évoque toxoplasma gondii, un protozoaire qui est le microbe en question. Ne riez pas : si l'histoire peut paraître étrange, elle est bien connue et le parasite en question est surveillé chez les femmes enceintes, puisqu'en langage courant on parle de toxoplasmose, une maladie qui peut abîmer le cerveau de leur futur enfant. Dans des cas rares à priori, les enfants victimes de toxoplasmose qui naissent, excepté ce syndrome, en bonne santé, ne sont généralement victimes que de symptômes grippaux, puis parviennent à traiter le protozoaire qui reste endormi dans les cellules de leur cerveau. C’est là du moins l’analyse médicale communément répandue. Mais ce n’est pas celle de Flegr. Il soupçonne justement qu’un parasite, appartenant à la famille du protozoaire, soit responsable des troubles bien plus graves.
Selon lui, ce parasite pourrait distordre les connexions entre les neurones et modifier du coup la façon dont nous réagissons face à des situations d’effroi, note confiance envers les autres, notre façon de nous percevoir, et même la justesse de notre perception de certaines odeurs. Les analyses de Flegr montrent également qu’il estime que le toxoplasma gondii favorise les accidents de voiture. Et même à la schizophrénie. Si on additionne tous les symptômes que peut provoquer cet organisme, "la toxoplasmose pourrait même tuer autant de gens que la malaria, c’est-à-dire au moins un million de personnes par an", dit le biologiste.
Evidemment, les théories de Flegr ne rencontrent pas beaucoup d’écho dans la communauté scientifique. Déjà, dit-il, parce qu’il ne parle pas l’anglais, et ne se rend que peu souvent dans les conférences internationales pour y présenter ses travaux ; Surtout, parce que selon lui, "il y a une résistance psychologique forte à l’idée que le comportement humain puisse être influencé par un parasite à la noix".
Mais après des années d’ignorance, ses travaux commencent doucement à susciter l’intérêt de certains scientifiques. Certains spécialistes comme E. Fuller Torrey, directeur de l'institut Stanley Medical Research, dans le Maryland, expert en schizophrénie commencent à le prendre au sérieux. "J'admire Jaroslav pour cette recherche, dit-il. Ce n'est évidemment pas politiquement correct, dans le sens que peu de laboratoires de font ce type de recherche. Il l'a fait de son propre chef, avec très peu de soutien. Et je trouve cela tout à fait crédible".
Pour Robert Saporsky, célèbre professeur à Stanford, les études de Flegr “sont très bien menées et il n’y a pas de raison d’en douter”. D’autant que selon lui, d’autres parasites pourraient provoquer des effets inattendus : "mon avis est qu’il y a en beaucoup d’autres exemples de parasites portés par des mammifères, desquels nous n’avons jamais entendus parler". Ainsi par exemple de la rage, qui peut circuler du cerveau à la salive d’un animal comme le chien et infecter l’humain en cas de morsure.
Des recherches ont par ailleurs montré que des souris infectées par le toxoplasma gondii étaient beaucoup plus remuantes que celles non-infectées, en faisant d’autant plus des proies pour les chats qui sont attirés par ce qui bouge. Ces souris faisaient par ailleurs moins attention à leur prédateur… Sciences et Avenir faisait part en 2006 d’une expérience de Flegr dans laquelle des rats infectés adoptaient un comportement plus audacieux, voire suicidaire, face à leur principal ennemi, le chat. Selon le magazine, "pour le parasite, dont le cycle de reproduction passe par le félin, c’est tout bénéfice".
"Hôte accidentel"
Mais peu de recherches ont porté sur son effet sur les hommes, car l’être humain était considéré comme ayant un organisme qui n’est qu’un "hôte accidentel" de la toxoplasmose. Certes, à priori, nous ne faisons pas partie du cycle de vie du parasite, qui est censé être transmis jusqu’au chat, mais s’arrête dans l'organisme du félin. Or Flegr s’est dit que les mammifères entre la souris et l’homme avaient en commun la vaste majorité de leurs gênes. Et nous pourrions donc, selon le biologiste, être vulnérables aux manipulations de ce parasite.
Du coup, Flegr a mené des expériences sur des hommes et des femmes qui portaient le virus, développé ou non. Il leur a fait faire des tests de personnalité. Les résultats sont assez inquiétants : comparé aux hommes non infectés, ceux qui portaient le parasité étaient plus introvertis, plus suspicieux, prêtaient moins attention aux autres. Les femmes présentaient les symptômes inverses :plus confiantes, plus apprêtées, prenant davantage garde à leur image, que celles qui n’étaient pas infectées.
Flegr et son équipe sont en tout cas parvenus à montrer, avec un certain écho, que la toxoplasmose pouvait influencer le sexe du bébé à naître. Ainsi, "chez les 454 femmes qui possédaient des anticorps dirigés contre le parasite de la toxoplasmose, le ratio entre les sexes était de 150 naissances de garçons pour 100 naissances de filles, alors qu’en moyenne il est de 104 garçons pour 100 filles. Plus le taux d’anticorps était élevé, plus le ratio était déséquilibré en faveur des garçons (jusqu’à un rapport de 260 garçons pour 100 filles)", écrit encore Science et Avenir en 2006.
Concernant la schizophrénie, qui reste le syndrome potentiel le plus inquiétant, une étude de Flegr publiée dans Schizophrenia Bulletin par Oxford University Press en 2007, parle par ailleurs d'une éventuelle influence de ce parasite sur la dopamine et la testostérone. Attention nénamoins pour ceux qui veulent approfondir les théories de Flegr : c’est peut-être là un risque de ne plus jamais regarder son chat comme avant….
P.
28 Févr - Vigneron
Dicton du jour :
« Ciel clair à la saint Romain, c'est beaucoup de bien et de bon vin »
« Beau ciel à la saint Romain, il y aura des denrées et du bon vin. »
« Si tu tailles ta vigne au 28 février, tu auras du raisin plein ton panier. »
Dicton réhaussé :
" Beau temps à la Saint Romain,
ce sont des lendemains
pour les vignerons haut la main ! "
P.
« Ciel clair à la saint Romain, c'est beaucoup de bien et de bon vin »
« Beau ciel à la saint Romain, il y aura des denrées et du bon vin. »
« Si tu tailles ta vigne au 28 février, tu auras du raisin plein ton panier. »
Dicton réhaussé :
" Beau temps à la Saint Romain,
ce sont des lendemains
pour les vignerons haut la main ! "
P.
lundi 27 février 2012
"Starbikes", le Starbucks du pauvre en Indonésie
Billet d'humeur journalistique :
"... comme quoi il faut toujours avoir des idées !"
Info Voilà
"Starbikes", le Starbucks du pauvre en Indonésie
"Les riches vont chez Starbucks. Nous les pauvres, on appelle les Starbikes". Dans les rues de Djakarta, une armée de vendeurs à vélo ("bikes" en anglais) offrent cafés et capuccino à des prix imbattables: un petit commerce qui leur permet de s'extraire de la pauvreté.
Sambang, 28 ans, a quitté il y a un an sa campagne où il subsistait avec un maigre salaire de fermier pour "monter" à Djakarta, espérant trouver une meilleure vie dans l'immense mégapole de plus de 20 millions d'habitants.
La capitale indonésienne n'a pas déçu ses attentes. Pour 150 dollars (qu'il a dû emprunter), il est devenu l'heureux propriétaire d'un "Starbike": un vélo équipé d'un porte-bagages où brinquebalent d'immenses thermos à chaque passage sur les nombreux nids de poule de la métropole.
Pour trente dollars par mois, un "agent" lui fournit l'eau bouillante, les verres en plastique transparent et les sachets de café instantanés qui pendent en guirlande le long du guidon: l'habituel "Kapal Kopi" (café noir) bien sûr, mais aussi les très tendance capuccino et latte.
"3.000 roupies le verre" (25 centimes d'euro), lance Sambang, qui, comme beaucoup d'Indonésiens, n'utilise qu'un seul nom. 3.000 roupies, c'est le dixième de ce que coûte un café dans les Starbucks ou Coffee Bean des centres commerciaux au marbre rutilant du centre de Djakarta.
Mais plus de la moitié des 240 millions d'Indonésiens vivent avec moins de deux dollars par jour: c'est cette clientèle-là que vise Sambang.
"Les riches vont chez Starbucks. Nous les pauvres, on appelle les Starbikes", dit dans un rire Junarsah, un chauffeur de taxi de 44 ans descendu de sa Mercedes noire pour héler un vendeur de café.
"Pas Cher, rapide et bon. Je suis content", ajoute-t-il, un gobelet de café brûlant en main et une cigarette dans l'autre.
"Bien sûr que j'aimerais bien me payer un bon café dans un centre commercial, servi dans une de ces tasses chic, mais le prix d'un seul café là-bas suffit à me nourrir pendant une semaine!", explique Haryono, conducteur d'"ojek" (moto-taxi).
Ils sont ainsi des centaines à avoir recours aux Starbikes. Pour le plus grand plaisir de Sambang. A raison de 200 à 300 clients par jour, Sambang gagne une centaine de dollars par mois (76 euros): ce n'est pas bien lourd, comme le prouvent son tee-shirt délavé et ses sandales élimées, mais c'est un salaire très raisonnable dans le pays. Et cela lui permettra de rembourser en six mois le prêt contracté pour acheter son vélo.
Pour le paysan débarqué de son "kampung" (village), c'est déjà une immense gloire.
Mais avec des centaines de "Starbikes" tentant de se faufiler dans les bouchons légendaires de Djakarta, la concurrence est rude et l'ancien fermier, devenu "businessman", est prêt à tout faire pour défendre son gagne-pain.
"Je donne à mes clients fidèles mon numéro de téléphone portable, pour qu'ils puissent passer commande. Je livre aussi gratuitement dans les bureaux. Tout est bon pour avoir plus de clients".
P.
"... comme quoi il faut toujours avoir des idées !"
Info Voilà
"Starbikes", le Starbucks du pauvre en Indonésie
"Les riches vont chez Starbucks. Nous les pauvres, on appelle les Starbikes". Dans les rues de Djakarta, une armée de vendeurs à vélo ("bikes" en anglais) offrent cafés et capuccino à des prix imbattables: un petit commerce qui leur permet de s'extraire de la pauvreté.
Sambang, 28 ans, a quitté il y a un an sa campagne où il subsistait avec un maigre salaire de fermier pour "monter" à Djakarta, espérant trouver une meilleure vie dans l'immense mégapole de plus de 20 millions d'habitants.
La capitale indonésienne n'a pas déçu ses attentes. Pour 150 dollars (qu'il a dû emprunter), il est devenu l'heureux propriétaire d'un "Starbike": un vélo équipé d'un porte-bagages où brinquebalent d'immenses thermos à chaque passage sur les nombreux nids de poule de la métropole.
Pour trente dollars par mois, un "agent" lui fournit l'eau bouillante, les verres en plastique transparent et les sachets de café instantanés qui pendent en guirlande le long du guidon: l'habituel "Kapal Kopi" (café noir) bien sûr, mais aussi les très tendance capuccino et latte.
"3.000 roupies le verre" (25 centimes d'euro), lance Sambang, qui, comme beaucoup d'Indonésiens, n'utilise qu'un seul nom. 3.000 roupies, c'est le dixième de ce que coûte un café dans les Starbucks ou Coffee Bean des centres commerciaux au marbre rutilant du centre de Djakarta.
Mais plus de la moitié des 240 millions d'Indonésiens vivent avec moins de deux dollars par jour: c'est cette clientèle-là que vise Sambang.
"Les riches vont chez Starbucks. Nous les pauvres, on appelle les Starbikes", dit dans un rire Junarsah, un chauffeur de taxi de 44 ans descendu de sa Mercedes noire pour héler un vendeur de café.
"Pas Cher, rapide et bon. Je suis content", ajoute-t-il, un gobelet de café brûlant en main et une cigarette dans l'autre.
"Bien sûr que j'aimerais bien me payer un bon café dans un centre commercial, servi dans une de ces tasses chic, mais le prix d'un seul café là-bas suffit à me nourrir pendant une semaine!", explique Haryono, conducteur d'"ojek" (moto-taxi).
Ils sont ainsi des centaines à avoir recours aux Starbikes. Pour le plus grand plaisir de Sambang. A raison de 200 à 300 clients par jour, Sambang gagne une centaine de dollars par mois (76 euros): ce n'est pas bien lourd, comme le prouvent son tee-shirt délavé et ses sandales élimées, mais c'est un salaire très raisonnable dans le pays. Et cela lui permettra de rembourser en six mois le prêt contracté pour acheter son vélo.
Pour le paysan débarqué de son "kampung" (village), c'est déjà une immense gloire.
Mais avec des centaines de "Starbikes" tentant de se faufiler dans les bouchons légendaires de Djakarta, la concurrence est rude et l'ancien fermier, devenu "businessman", est prêt à tout faire pour défendre son gagne-pain.
"Je donne à mes clients fidèles mon numéro de téléphone portable, pour qu'ils puissent passer commande. Je livre aussi gratuitement dans les bureaux. Tout est bon pour avoir plus de clients".
P.
27 Févr - Marine
Dicton du jour :
« Gelée du jour sainte Honorine, rend toute la vallée chagrine. »
Dicton ré-engagé :
" Gel à la Sainte Honorine,
Provoque une agriculture chagrine,
Va t'engager dans la marine ! "
P.
« Gelée du jour sainte Honorine, rend toute la vallée chagrine. »
Dicton ré-engagé :
" Gel à la Sainte Honorine,
Provoque une agriculture chagrine,
Va t'engager dans la marine ! "
P.
dimanche 26 février 2012
Les conspirateurs du tabac A LIRE
A LIRE ABSOLUMENT
JE SOUHAITE SIMPLEMENT DIFFUSER LE PLUS POSSIBLE CET ARTICLE DU MONDE :
http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/02/25/les-conspirateurs-du-tabac_1647738_3224.html
QUE JE REPRODUIS ICI
Stanford (Etats-Unis), envoyé spécial - Si vous souhaitez rester convaincu que l'on fume parce que c'est agréable et que c'est ainsi, tournez la page. Vous avez tout à perdre à lire ce qui suit. Mais peut-être avez-vous envie de savoir pourquoi les gens fument et pourquoi il leur est aussi difficile de s'arrêter. De savoir pourquoi autant d'entre eux devraient en mourir. Et de comprendre pourquoi tout cela nous semble aussi normal. Pour cela, il faut entrer dans la salle des machines de la plus vaste entreprise d'ingénierie du consentement jamais menée à bien. C'est un endroit compliqué. C'est un enchevêtrement d'hommes et d'institutions devenus les rouages d'une subtile mécanique, capable d'infiltrer la culture et la science, de subvertir la médecine et de corrompre en masse. Et, pour vous guider dans ce dédale, Robert Proctor est la personne qu'il vous faut.
Robert Proctor, 57 ans, n'est ni un conspirationniste ni un hygiéniste acharné. Historien des sciences, professeur à la prestigieuse université Stanford (Californie), il est l'auteur de Golden Holocaust, un livre qui paraît ces jours-ci aux Etats-Unis et qui inquiète sérieusement l'industrie américaine du tabac. Au point qu'elle a eu recours à toutes les voies légales pour tenter de mettre la main sur le manuscrit avant sa publication. Sans succès.
Qu'y a-t-il dans ce pavé de 750 pages qui trouble tant des géants comme RJ Reynolds ou Philip Morris ? Il y a leurs propres mots. Leurs petits et grands secrets, puisés dans les mémos et les messages internes, dans les rapports confidentiels, dans les comptes rendus de recherche de leurs propres chimistes, de leurs propres médecins. Le fait est peu connu en France : cette précieuse et explosive documentation – les "tobacco documents" – est publique depuis la fin des années 1990. En 1998, le Master Settlement Agreement, qui clôt les poursuites engagées par 46 Etats américains contre les cigarettiers, ne comprend pas qu'un volet financier (le versement de 250 milliards de dollars – 188 milliards d'euros – échelonnés sur deux décennies), il ordonne aussi la mise dans le domaine public des secrets de l'industrie.
INFILTRATION
Des millions de documents, recouvrant plus de cinq décennies, ont ainsi été exfiltrés des quartiers généraux des grands cigarettiers et confiés à l'université de Californie à San Francisco, chargée de bâtir la Legacy Tobacco Documents Library, et de mettre sur le Net ce fabuleux corpus. Treize millions de documents, soit plus de 79 millions de pages, sont déjà numérisés. De nouveaux sont ajoutés chaque jour ou presque. C'est au prisme de ces archives que Golden Holocaust tente de raconter une histoire globale de la cigarette. Robert Proctor épluche les "tobacco documents" depuis plus de dix ans. De quoi devenir paranoïaque. Entre mille autres choses, il y a découvert que le professeur qui l'a recruté à Stanford, voilà de nombreuses années, avait secrètement émargé chez les géants du tabac. Il y a aussi compris pourquoi une de ses demandes de financement avait été refusée par la National Science Foundation (principale agence fédérale de financement de la recherche américaine) : celui qui examinait les dossiers touchait de l'argent du tabac...
Tous ceux qui ont passé du temps sur les "tobacco documents" sont peu ou prou arrivés aux mêmes conclusions. Les experts de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) en ont tiré un rapport explosif de 260 pages, publié en juillet 2000, montrant comment les cigarettiers avaient infiltré leur organisation grâce à des associations écrans ou à des scientifiques secrètement payés par eux. Le tout, bien sûr, pour entraver la mise en oeuvre de politiques de contrôle du tabac. Et lors des poursuites engagées en 1999 par l'administration Clinton, en partie fondées sur les "documents", les procureurs fédéraux ont plaidé que les manufacturiers américains du tabac ont "préparé et exécuté – et continuent à préparer et exécuter – un vaste complot depuis un demi-siècle pour tromper le public".
5,5 MILLIONS DE MORTS PAR AN
La cigarette, ce sont d'abord des chiffres. Des chiffres colossaux. Chaque année, la cigarette tue plus que le paludisme, plus que le sida, plus que la guerre, plus que le terrorisme. Et plus que la somme des quatre. Plus de cinq millions et demi de vies emportées prématurément chaque année. Cent millions de morts au XXe siècle ; sans doute un milliard pour le siècle en cours.
Réfléchir au tabac donne le vertige et la nausée. Chaque année, il se produit suffisamment de cigarettes pour emplir 24 pyramides de Khéops. Leur combustion déposera quelque 60 000 tonnes de goudron au fond de poumons humains. On peut aussi aborder la question en se demandant ce que l'homme a inventé de plus inutilement dangereux pour lui-même : rien. "La cigarette, résume Robert Proctor, est l'invention la plus meurtrière de l'histoire de l'humanité."
Il y a d'autres chiffres, d'autres calculs. "A chaque million de cigarettes fumées au cours d'une année, il y aura un mort prématuré dans les vingt-cinq ans qui suivent. C'est une loi qui est valable à peu près partout ", constate Robert Proctor. Cette macabre règle de trois a des applications inattendues. Comme celle de savoir combien de morts ont causé les mensonges des hauts cadres de "Big Tobacco".
"MAINTENIR LA CONTROVERSE VIVANTE"
Le 14 décembre 1953, les grands patrons du tabac se retrouvent discrètement à l'hôtel Plaza de New York. Quelques mois auparavant, des expériences menées sur des souris ont montré que le produit qu'ils vendent est cancérigène – ce que les médecins allemands savaient depuis les années 1920 –, et des journaux commencent à évoquer cette possibilité. Au terme de réunions avec le patron de Hill & Knowlton, conseiller en relations publiques, les géants du tabac se lancent dans une entreprise de propagande et d'instrumentalisation du doute scientifique qui retardera la prise de conscience des ravages de la cigarette. Il faut "maintenir la controverse vivante". Un cadre de Brown & Williamson l'écrit dans un célèbre mémo, découvert dans les "tobacco documents " : "Le doute est ce que nous produisons." Avec succès. Ce n'est qu'en 1964 que les autorités sanitaires américaines commenceront à communiquer clairement sur le lien entre tabac et cancer du poumon.
Dix ans de retard. "Si on décale les courbes de la consommation du tabac, c'est-à-dire si on place en 1954 le début de fléchissement constaté à partir de 1964, on voit que 8 000 milliards de cigarettes "en trop" ont été consommées aux Etats-Unis. Elles n'auraient pas été fumées si le public avait su la vérité dix ans plus tôt, explique Robert Proctor. Cela représente environ huit millions de morts dans les décennies suivantes." Les mensonges d'une demi-douzaine de capitaines d'industrie provoquant la mort de plusieurs millions de personnes ? Une fiction qui mettrait en scène une conspiration de cette ampleur serait taxée d'irréalisme ou de loufoquerie...
Tout ne commence pas en décembre 1953. D'autres manoeuvres sont plus anciennes. Le plan Marshall, par exemple. Le grand programme d'aide à la reconstruction de l'Europe dévastée par la seconde guerre mondiale a également été "mis à profit par les cigarettiers américains pour rendre les populations européennes accros au tabac blond flue-cured, facilement inhalable". Tout est là. Le flue-curing est une technique de séchage des feuilles de tabac qui se répand largement aux Etats-Unis à la fin du XIXe siècle, et qui permet de rendre la fumée moins irritante, donc plus profondément inhalable. Or jusque dans la première moitié du XXe siècle, on fume encore, dans une bonne part de l'Europe continentale, du tabac brun, très âcre, beaucoup moins dangereux et addictif. Car plus la fumée peut pénétrer profondément dans les poumons, plus l'afflux de nicotine dans l'organisme est rapide, plus l'addiction qui se développe est forte. Et plus les dégâts occasionnés sur les tissus pulmonaires sont importants. "Au cours de la réunion de Paris (le 12 juillet 1947) qui a mis en mouvement le plan Marshall, il n'y avait aucune demande des Européens spécifique au tabac, raconte Robert Proctor. Cela a été proposé et mis en avant par un sénateur de Virginie. Au total, pour deux dollars de nourriture, un dollar de tabac a été acheminé en Europe."
"RENDRE LES FUMEURS LE PLUS ACCRO POSSIBLE"
Le succès de la cigarette repose toujours, aujourd'hui, sur le talent des chimistes de "Big Tobacco" pour rendre la fumée plus douce, plus volatile, plus pénétrante. Les fumeurs, qui connaissent cette sensation de piquante fraîcheur aux poumons, tiennent pour naturel et normal de fumer ainsi. "Avaler" la fumée, dit-on. C'est au contraire le résultat d'une chimie pointue et compliquée. Plusieurs centaines de composés - accélérateurs de combustion, ammoniac, adjuvants divers, sucres, etc. - sont ajoutés au tabac. Ils rendent la fumée moins irritante, plus inhalable. "On peut dire que la cigarette est véritablement un produit défectueux en ce sens qu'il est beaucoup plus nocif qu'il ne devrait "normalement" l'être... Il est modifié pour rendre les fumeurs le plus accro possible et cela le rend plus dangereux", explique Robert Proctor.
Parfois, ce qu'on retrouve dans les cigarettes n'a pas été ajouté par les chimistes de l'industrie, mais par les caprices de la nature. Ainsi du polonium 210. Pour des raisons non encore éclaircies, la feuille de tabac a une détestable propriété : elle fixe et concentre cet élément radioactif naturellement présent dans l'environnement à des teneurs infimes. Les "tobacco documents" montrent que, dès les années 1950, l'industrie a découvert cette vérité qui dérange. Elle ne divulguera rien. Les premières publications indépendantes sur le sujet n'interviendront qu'au milieu des années 1960...
Golden Holocaust raconte par le menu comment les cadres de l'industrie ont réagi à ce "petit souci" de qualité du produit fini. Et le luxe de détails prodigués par les "tobacco documents" fait basculer dans un univers sidérant. Dans un premier temps, les cigarettiers cherchent à se débarrasser de cet élément radioactif. Ils font mener des travaux qu'ils gardent secrets. Car les publier pourrait "réveiller un géant endormi" ("waking a sleeping giant", dans le texte), écrit un cadre de Philip Morris à son patron, en 1978, ajoutant : "Le sujet va faire du bruit et je doute qu'il faille fournir des faits."
Plusieurs solutions sont découvertes. Changer d'engrais ? Traiter les feuilles de tabac à l'aide d'un bain d'acide ? Sélectionner les feuilles les moins chargées en polonium ? Aucune de ces solutions ne sera, semble-t-il, retenue. Car résoudre ce problème ne procure pas d'"avantage commercial ", selon l'expression d'un haut cadre de RJ Reynolds, consignée dans les documents. Le passage des feuilles de tabac par un bain acide, par exemple, contraindrait à une "gestion spécifique" d'effluents radioactifs. Cela coûte de l'argent.
"UNE FORME D'ESCLAVAGE"
Surtout, redoutent les industriels, ce traitement pourrait affecter les propriétés chimiques de la nicotine, la rendant moins efficace à entretenir leur capital le plus précieux : l'addiction. Et puis, mieux vaut ne pas mettre sur la place publique ce problème, même si c'est pour annoncer l'avoir résolu. Dans les années 1980, Philip Morris ferme son laboratoire ad hoc. Surtout, ne pas réveiller le "géant endormi".
Quelque trente années plus tard, il dort toujours d'un sommeil de plomb. Combien de fumeurs savent qu'ils ont dans la poche un paquet de 20 tiges légèrement chargées de polonium 210 ? Combien savent qu'un paquet et demi par jour équivaut – selon une évaluation publiée en 1982 dans le New England Journal of Medicine – à s'exposer annuellement à une dose de rayonnement équivalente à 300 radiographies du thorax ? Combien savent que ce polonium 210 est responsable d'une fraction non négligeable des cancers contractés par les fumeurs ? Lorsqu'on sait, il y a quelque chose de tristement effarant à voir des militants antinucléaires griller une cigarette lorsqu'ils attendent, pour les intercepter, les convois d'oxyde d'uranium de l'industrie nucléaire ; eux-mêmes introduisent dans leur organisme un radioélément qui les irradiera de l'intérieur...
On mesure le succès d'une entreprise de propagande à l'aune de ce genre de paradoxe. Il y en a d'autres. Par exemple, le plaisir procuré par la cigarette. "C'est une pure fabrication de l'industrie, répond M. Proctor. C'est une différence fondamentale avec d'autres drogues comme l'alcool et le cannabis. La cigarette n'est pas une drogue récréative : elle ne procure aucune ébriété, aucune ivresse." Elle ne fait que soulager celui qui est accoutumé au tabac, elle le rend fonctionnel. "C'est écrit en toutes lettres dans les documents : fumer n'est pas comme "boire de l'alcool", c'est comme "être alcoolique", dit Robert Proctor. Parmi ceux qui aiment la bière ou le vin, seuls 3 % environ sont accros à l'alcool. Alors qu'entre 80 % et 90 % des fumeurs sont dépendants. C'est une forme d'esclavage."
PROPAGANDE
Pourtant, l'American Civil Liberties Union (ACLU) – l'équivalent de notre Ligue des droits de l'homme – a fait campagne au début des années 1990 pour la "liberté" de fumer sur le lieu de travail. Mais il est vrai que la prestigieuse ACLU venait, elle aussi, de toucher quelques centaines de milliers de dollars de l'industrie du tabac... "Comment peut-on parler de liberté lorsque 90 % des fumeurs interrogés disent vouloir s'arrêter sans y parvenir ?" Le novlangue d'Orwell n'est pas loin. "La guerre, c'est la paix", "l'amour, c'est la haine" professait le Parti omnipotent de 1984. Dans le monde du tabac, "l'esclavage, c'est la liberté".
Et ce message fait mouche. Les adolescents voient souvent dans la cigarette une manifestation d'esprit rebelle. Convaincre qu'inféoder ses fonctions biologiques à de grands groupes industriels tient de la rébellion, voilà un tour de force marketing, dont le projet est inscrit en toutes lettres dans les "tobacco documents" : il faut vendre aux jeunes l'idée que fumer procède d'une "rébellion acceptable".
Créer de toutes pièces des réflexes mentaux dans la population – qui ne résistent ni à l'analyse critique ni même au simple bon sens – est la part la plus fascinante de cette histoire. C'est le fruit d'investissements lourds. Depuis des décennies, les apparitions des marques de cigarettes dans le cinéma hollywoodien sont millimétrées, à coups de millions de dollars. D'autres millions sont investis par l'industrie dans la recherche biomédicale académique : non pour trouver des remèdes aux maladies du tabac mais, très souvent, pour documenter des prédispositions génétiques à des maladies, attribuées ou non à la cigarette... "Des sommes colossales ont été injectées par le tabac dans la génétique fonctionnelle, au détriment des travaux sur les facteurs de risques environnementaux, dont le tabac, explique Robert Proctor. Cela crée ce que j'appelle un "macrobiais" dans la démarche scientifique. Cela contribue à développer l'idée que les maladies sont programmées en nous et qu'on n'y peut rien."
Infiltration de la culture, infiltration de la science. Il restait à Robert Proctor à en découdre avec sa propre discipline. "J'ai aussi cherché les rats dans ma propre maison", déclare-t-il. Une cinquantaine d'historiens – la plupart financés ou secrètement payés par les cigarettiers – ont formulé lors des procès du tabac des témoignages favorables aux industriels. Dans les "tobacco documents", les cigarettiers parlent de développer une "écurie" de savants. Seuls deux historiens américains – dont l'auteur de Golden Holocaust – ont témoigné du côté des malades.
L'histoire est un enjeu important, crucial même. "Aborder l'histoire d'une certaine façon, conclut le professeur de Stanford, comme, par exemple, dans cette étude présentant "les origines de la controverse du tabac dans l'Angleterre du XVIIe siècle", permet de normaliser un phénomène qui, regardé autrement, serait simplement intolérable." Il faut inscrire la cigarette comme une variable banale de l'Histoire longue pour occulter le caractère inédit de l'addiction de masse qui s'est développée depuis le milieu du siècle dernier.
Peser sur l'histoire et les sciences sociales pour fabriquer le consentement. Philip Morris a formalisé ce projet en 1987 sous le nom de Project Cosmic – un plan destiné à "créer un réseau extensif de scientifiques et d'historiens partout dans le monde", toujours selon les "tobacco documents ". "Il s'agissait de recruter des savants dont les travaux ou les idées pourraient contribuer à forger une "narration" favorable aux industriels", explique Robert Proctor.
Cas pratique, parmi tant d'autres. Dans les années 1990, l'historien travaillait sur un sujet original et peu défriché : les politiques de santé publique dans l'Allemagne nazie et la guerre qu'Hitler avait déclarée à la cigarette. L'un de ses articles sur le sujet fut accepté en 1997 par le Bulletin of the History of Medicine. Mais, quelques années plus tard, la revue a refusé un autre de ses articles – cette fois sur l'industrie américaine du tabac. Lorsqu'une étude permet de nourrir un amalgame entre contrôle du tabac et totalitarisme, elle est acceptée ; lorsqu'elle dérange les industriels, elle est rejetée... Pour comprendre, dit Robert Proctor, "il suffit de regarder la composition du comité éditorial de la revue et les liens financiers de certains de ses membres avec le tabac". Les chiens de garde du Project Cosmic surveillaient les portes de la revue savante.
Contactés par Le Monde, les cigarettiers cités n'ont pas souhaité commenter les travaux de M. Proctor.
Stéphane Foucart
JE SOUHAITE SIMPLEMENT DIFFUSER LE PLUS POSSIBLE CET ARTICLE DU MONDE :
http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/02/25/les-conspirateurs-du-tabac_1647738_3224.html
QUE JE REPRODUIS ICI
Stanford (Etats-Unis), envoyé spécial - Si vous souhaitez rester convaincu que l'on fume parce que c'est agréable et que c'est ainsi, tournez la page. Vous avez tout à perdre à lire ce qui suit. Mais peut-être avez-vous envie de savoir pourquoi les gens fument et pourquoi il leur est aussi difficile de s'arrêter. De savoir pourquoi autant d'entre eux devraient en mourir. Et de comprendre pourquoi tout cela nous semble aussi normal. Pour cela, il faut entrer dans la salle des machines de la plus vaste entreprise d'ingénierie du consentement jamais menée à bien. C'est un endroit compliqué. C'est un enchevêtrement d'hommes et d'institutions devenus les rouages d'une subtile mécanique, capable d'infiltrer la culture et la science, de subvertir la médecine et de corrompre en masse. Et, pour vous guider dans ce dédale, Robert Proctor est la personne qu'il vous faut.
Robert Proctor, 57 ans, n'est ni un conspirationniste ni un hygiéniste acharné. Historien des sciences, professeur à la prestigieuse université Stanford (Californie), il est l'auteur de Golden Holocaust, un livre qui paraît ces jours-ci aux Etats-Unis et qui inquiète sérieusement l'industrie américaine du tabac. Au point qu'elle a eu recours à toutes les voies légales pour tenter de mettre la main sur le manuscrit avant sa publication. Sans succès.
Qu'y a-t-il dans ce pavé de 750 pages qui trouble tant des géants comme RJ Reynolds ou Philip Morris ? Il y a leurs propres mots. Leurs petits et grands secrets, puisés dans les mémos et les messages internes, dans les rapports confidentiels, dans les comptes rendus de recherche de leurs propres chimistes, de leurs propres médecins. Le fait est peu connu en France : cette précieuse et explosive documentation – les "tobacco documents" – est publique depuis la fin des années 1990. En 1998, le Master Settlement Agreement, qui clôt les poursuites engagées par 46 Etats américains contre les cigarettiers, ne comprend pas qu'un volet financier (le versement de 250 milliards de dollars – 188 milliards d'euros – échelonnés sur deux décennies), il ordonne aussi la mise dans le domaine public des secrets de l'industrie.
INFILTRATION
Des millions de documents, recouvrant plus de cinq décennies, ont ainsi été exfiltrés des quartiers généraux des grands cigarettiers et confiés à l'université de Californie à San Francisco, chargée de bâtir la Legacy Tobacco Documents Library, et de mettre sur le Net ce fabuleux corpus. Treize millions de documents, soit plus de 79 millions de pages, sont déjà numérisés. De nouveaux sont ajoutés chaque jour ou presque. C'est au prisme de ces archives que Golden Holocaust tente de raconter une histoire globale de la cigarette. Robert Proctor épluche les "tobacco documents" depuis plus de dix ans. De quoi devenir paranoïaque. Entre mille autres choses, il y a découvert que le professeur qui l'a recruté à Stanford, voilà de nombreuses années, avait secrètement émargé chez les géants du tabac. Il y a aussi compris pourquoi une de ses demandes de financement avait été refusée par la National Science Foundation (principale agence fédérale de financement de la recherche américaine) : celui qui examinait les dossiers touchait de l'argent du tabac...
Tous ceux qui ont passé du temps sur les "tobacco documents" sont peu ou prou arrivés aux mêmes conclusions. Les experts de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) en ont tiré un rapport explosif de 260 pages, publié en juillet 2000, montrant comment les cigarettiers avaient infiltré leur organisation grâce à des associations écrans ou à des scientifiques secrètement payés par eux. Le tout, bien sûr, pour entraver la mise en oeuvre de politiques de contrôle du tabac. Et lors des poursuites engagées en 1999 par l'administration Clinton, en partie fondées sur les "documents", les procureurs fédéraux ont plaidé que les manufacturiers américains du tabac ont "préparé et exécuté – et continuent à préparer et exécuter – un vaste complot depuis un demi-siècle pour tromper le public".
5,5 MILLIONS DE MORTS PAR AN
La cigarette, ce sont d'abord des chiffres. Des chiffres colossaux. Chaque année, la cigarette tue plus que le paludisme, plus que le sida, plus que la guerre, plus que le terrorisme. Et plus que la somme des quatre. Plus de cinq millions et demi de vies emportées prématurément chaque année. Cent millions de morts au XXe siècle ; sans doute un milliard pour le siècle en cours.
Réfléchir au tabac donne le vertige et la nausée. Chaque année, il se produit suffisamment de cigarettes pour emplir 24 pyramides de Khéops. Leur combustion déposera quelque 60 000 tonnes de goudron au fond de poumons humains. On peut aussi aborder la question en se demandant ce que l'homme a inventé de plus inutilement dangereux pour lui-même : rien. "La cigarette, résume Robert Proctor, est l'invention la plus meurtrière de l'histoire de l'humanité."
Il y a d'autres chiffres, d'autres calculs. "A chaque million de cigarettes fumées au cours d'une année, il y aura un mort prématuré dans les vingt-cinq ans qui suivent. C'est une loi qui est valable à peu près partout ", constate Robert Proctor. Cette macabre règle de trois a des applications inattendues. Comme celle de savoir combien de morts ont causé les mensonges des hauts cadres de "Big Tobacco".
"MAINTENIR LA CONTROVERSE VIVANTE"
Le 14 décembre 1953, les grands patrons du tabac se retrouvent discrètement à l'hôtel Plaza de New York. Quelques mois auparavant, des expériences menées sur des souris ont montré que le produit qu'ils vendent est cancérigène – ce que les médecins allemands savaient depuis les années 1920 –, et des journaux commencent à évoquer cette possibilité. Au terme de réunions avec le patron de Hill & Knowlton, conseiller en relations publiques, les géants du tabac se lancent dans une entreprise de propagande et d'instrumentalisation du doute scientifique qui retardera la prise de conscience des ravages de la cigarette. Il faut "maintenir la controverse vivante". Un cadre de Brown & Williamson l'écrit dans un célèbre mémo, découvert dans les "tobacco documents " : "Le doute est ce que nous produisons." Avec succès. Ce n'est qu'en 1964 que les autorités sanitaires américaines commenceront à communiquer clairement sur le lien entre tabac et cancer du poumon.
Dix ans de retard. "Si on décale les courbes de la consommation du tabac, c'est-à-dire si on place en 1954 le début de fléchissement constaté à partir de 1964, on voit que 8 000 milliards de cigarettes "en trop" ont été consommées aux Etats-Unis. Elles n'auraient pas été fumées si le public avait su la vérité dix ans plus tôt, explique Robert Proctor. Cela représente environ huit millions de morts dans les décennies suivantes." Les mensonges d'une demi-douzaine de capitaines d'industrie provoquant la mort de plusieurs millions de personnes ? Une fiction qui mettrait en scène une conspiration de cette ampleur serait taxée d'irréalisme ou de loufoquerie...
Tout ne commence pas en décembre 1953. D'autres manoeuvres sont plus anciennes. Le plan Marshall, par exemple. Le grand programme d'aide à la reconstruction de l'Europe dévastée par la seconde guerre mondiale a également été "mis à profit par les cigarettiers américains pour rendre les populations européennes accros au tabac blond flue-cured, facilement inhalable". Tout est là. Le flue-curing est une technique de séchage des feuilles de tabac qui se répand largement aux Etats-Unis à la fin du XIXe siècle, et qui permet de rendre la fumée moins irritante, donc plus profondément inhalable. Or jusque dans la première moitié du XXe siècle, on fume encore, dans une bonne part de l'Europe continentale, du tabac brun, très âcre, beaucoup moins dangereux et addictif. Car plus la fumée peut pénétrer profondément dans les poumons, plus l'afflux de nicotine dans l'organisme est rapide, plus l'addiction qui se développe est forte. Et plus les dégâts occasionnés sur les tissus pulmonaires sont importants. "Au cours de la réunion de Paris (le 12 juillet 1947) qui a mis en mouvement le plan Marshall, il n'y avait aucune demande des Européens spécifique au tabac, raconte Robert Proctor. Cela a été proposé et mis en avant par un sénateur de Virginie. Au total, pour deux dollars de nourriture, un dollar de tabac a été acheminé en Europe."
"RENDRE LES FUMEURS LE PLUS ACCRO POSSIBLE"
Le succès de la cigarette repose toujours, aujourd'hui, sur le talent des chimistes de "Big Tobacco" pour rendre la fumée plus douce, plus volatile, plus pénétrante. Les fumeurs, qui connaissent cette sensation de piquante fraîcheur aux poumons, tiennent pour naturel et normal de fumer ainsi. "Avaler" la fumée, dit-on. C'est au contraire le résultat d'une chimie pointue et compliquée. Plusieurs centaines de composés - accélérateurs de combustion, ammoniac, adjuvants divers, sucres, etc. - sont ajoutés au tabac. Ils rendent la fumée moins irritante, plus inhalable. "On peut dire que la cigarette est véritablement un produit défectueux en ce sens qu'il est beaucoup plus nocif qu'il ne devrait "normalement" l'être... Il est modifié pour rendre les fumeurs le plus accro possible et cela le rend plus dangereux", explique Robert Proctor.
Parfois, ce qu'on retrouve dans les cigarettes n'a pas été ajouté par les chimistes de l'industrie, mais par les caprices de la nature. Ainsi du polonium 210. Pour des raisons non encore éclaircies, la feuille de tabac a une détestable propriété : elle fixe et concentre cet élément radioactif naturellement présent dans l'environnement à des teneurs infimes. Les "tobacco documents" montrent que, dès les années 1950, l'industrie a découvert cette vérité qui dérange. Elle ne divulguera rien. Les premières publications indépendantes sur le sujet n'interviendront qu'au milieu des années 1960...
Golden Holocaust raconte par le menu comment les cadres de l'industrie ont réagi à ce "petit souci" de qualité du produit fini. Et le luxe de détails prodigués par les "tobacco documents" fait basculer dans un univers sidérant. Dans un premier temps, les cigarettiers cherchent à se débarrasser de cet élément radioactif. Ils font mener des travaux qu'ils gardent secrets. Car les publier pourrait "réveiller un géant endormi" ("waking a sleeping giant", dans le texte), écrit un cadre de Philip Morris à son patron, en 1978, ajoutant : "Le sujet va faire du bruit et je doute qu'il faille fournir des faits."
Plusieurs solutions sont découvertes. Changer d'engrais ? Traiter les feuilles de tabac à l'aide d'un bain d'acide ? Sélectionner les feuilles les moins chargées en polonium ? Aucune de ces solutions ne sera, semble-t-il, retenue. Car résoudre ce problème ne procure pas d'"avantage commercial ", selon l'expression d'un haut cadre de RJ Reynolds, consignée dans les documents. Le passage des feuilles de tabac par un bain acide, par exemple, contraindrait à une "gestion spécifique" d'effluents radioactifs. Cela coûte de l'argent.
"UNE FORME D'ESCLAVAGE"
Surtout, redoutent les industriels, ce traitement pourrait affecter les propriétés chimiques de la nicotine, la rendant moins efficace à entretenir leur capital le plus précieux : l'addiction. Et puis, mieux vaut ne pas mettre sur la place publique ce problème, même si c'est pour annoncer l'avoir résolu. Dans les années 1980, Philip Morris ferme son laboratoire ad hoc. Surtout, ne pas réveiller le "géant endormi".
Quelque trente années plus tard, il dort toujours d'un sommeil de plomb. Combien de fumeurs savent qu'ils ont dans la poche un paquet de 20 tiges légèrement chargées de polonium 210 ? Combien savent qu'un paquet et demi par jour équivaut – selon une évaluation publiée en 1982 dans le New England Journal of Medicine – à s'exposer annuellement à une dose de rayonnement équivalente à 300 radiographies du thorax ? Combien savent que ce polonium 210 est responsable d'une fraction non négligeable des cancers contractés par les fumeurs ? Lorsqu'on sait, il y a quelque chose de tristement effarant à voir des militants antinucléaires griller une cigarette lorsqu'ils attendent, pour les intercepter, les convois d'oxyde d'uranium de l'industrie nucléaire ; eux-mêmes introduisent dans leur organisme un radioélément qui les irradiera de l'intérieur...
On mesure le succès d'une entreprise de propagande à l'aune de ce genre de paradoxe. Il y en a d'autres. Par exemple, le plaisir procuré par la cigarette. "C'est une pure fabrication de l'industrie, répond M. Proctor. C'est une différence fondamentale avec d'autres drogues comme l'alcool et le cannabis. La cigarette n'est pas une drogue récréative : elle ne procure aucune ébriété, aucune ivresse." Elle ne fait que soulager celui qui est accoutumé au tabac, elle le rend fonctionnel. "C'est écrit en toutes lettres dans les documents : fumer n'est pas comme "boire de l'alcool", c'est comme "être alcoolique", dit Robert Proctor. Parmi ceux qui aiment la bière ou le vin, seuls 3 % environ sont accros à l'alcool. Alors qu'entre 80 % et 90 % des fumeurs sont dépendants. C'est une forme d'esclavage."
PROPAGANDE
Pourtant, l'American Civil Liberties Union (ACLU) – l'équivalent de notre Ligue des droits de l'homme – a fait campagne au début des années 1990 pour la "liberté" de fumer sur le lieu de travail. Mais il est vrai que la prestigieuse ACLU venait, elle aussi, de toucher quelques centaines de milliers de dollars de l'industrie du tabac... "Comment peut-on parler de liberté lorsque 90 % des fumeurs interrogés disent vouloir s'arrêter sans y parvenir ?" Le novlangue d'Orwell n'est pas loin. "La guerre, c'est la paix", "l'amour, c'est la haine" professait le Parti omnipotent de 1984. Dans le monde du tabac, "l'esclavage, c'est la liberté".
Et ce message fait mouche. Les adolescents voient souvent dans la cigarette une manifestation d'esprit rebelle. Convaincre qu'inféoder ses fonctions biologiques à de grands groupes industriels tient de la rébellion, voilà un tour de force marketing, dont le projet est inscrit en toutes lettres dans les "tobacco documents" : il faut vendre aux jeunes l'idée que fumer procède d'une "rébellion acceptable".
Créer de toutes pièces des réflexes mentaux dans la population – qui ne résistent ni à l'analyse critique ni même au simple bon sens – est la part la plus fascinante de cette histoire. C'est le fruit d'investissements lourds. Depuis des décennies, les apparitions des marques de cigarettes dans le cinéma hollywoodien sont millimétrées, à coups de millions de dollars. D'autres millions sont investis par l'industrie dans la recherche biomédicale académique : non pour trouver des remèdes aux maladies du tabac mais, très souvent, pour documenter des prédispositions génétiques à des maladies, attribuées ou non à la cigarette... "Des sommes colossales ont été injectées par le tabac dans la génétique fonctionnelle, au détriment des travaux sur les facteurs de risques environnementaux, dont le tabac, explique Robert Proctor. Cela crée ce que j'appelle un "macrobiais" dans la démarche scientifique. Cela contribue à développer l'idée que les maladies sont programmées en nous et qu'on n'y peut rien."
Infiltration de la culture, infiltration de la science. Il restait à Robert Proctor à en découdre avec sa propre discipline. "J'ai aussi cherché les rats dans ma propre maison", déclare-t-il. Une cinquantaine d'historiens – la plupart financés ou secrètement payés par les cigarettiers – ont formulé lors des procès du tabac des témoignages favorables aux industriels. Dans les "tobacco documents", les cigarettiers parlent de développer une "écurie" de savants. Seuls deux historiens américains – dont l'auteur de Golden Holocaust – ont témoigné du côté des malades.
L'histoire est un enjeu important, crucial même. "Aborder l'histoire d'une certaine façon, conclut le professeur de Stanford, comme, par exemple, dans cette étude présentant "les origines de la controverse du tabac dans l'Angleterre du XVIIe siècle", permet de normaliser un phénomène qui, regardé autrement, serait simplement intolérable." Il faut inscrire la cigarette comme une variable banale de l'Histoire longue pour occulter le caractère inédit de l'addiction de masse qui s'est développée depuis le milieu du siècle dernier.
Peser sur l'histoire et les sciences sociales pour fabriquer le consentement. Philip Morris a formalisé ce projet en 1987 sous le nom de Project Cosmic – un plan destiné à "créer un réseau extensif de scientifiques et d'historiens partout dans le monde", toujours selon les "tobacco documents ". "Il s'agissait de recruter des savants dont les travaux ou les idées pourraient contribuer à forger une "narration" favorable aux industriels", explique Robert Proctor.
Cas pratique, parmi tant d'autres. Dans les années 1990, l'historien travaillait sur un sujet original et peu défriché : les politiques de santé publique dans l'Allemagne nazie et la guerre qu'Hitler avait déclarée à la cigarette. L'un de ses articles sur le sujet fut accepté en 1997 par le Bulletin of the History of Medicine. Mais, quelques années plus tard, la revue a refusé un autre de ses articles – cette fois sur l'industrie américaine du tabac. Lorsqu'une étude permet de nourrir un amalgame entre contrôle du tabac et totalitarisme, elle est acceptée ; lorsqu'elle dérange les industriels, elle est rejetée... Pour comprendre, dit Robert Proctor, "il suffit de regarder la composition du comité éditorial de la revue et les liens financiers de certains de ses membres avec le tabac". Les chiens de garde du Project Cosmic surveillaient les portes de la revue savante.
Contactés par Le Monde, les cigarettiers cités n'ont pas souhaité commenter les travaux de M. Proctor.
Stéphane Foucart
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